KISHINTAÏKAÏ 2014 : Chronique n°2 " Passage de grade: incarner l'élan avec élégance "

Publié le 21 Juin 2014

Le KISHINTAÏKAÏ, le stage intensif d’Aïkido de l'école KISHINKAÏ a eu lieu fin Mai... de cette semaine de pratique intense et passionnante il reste le vécu, les souvenirs, les rencontres, les échanges et le terreau fertile, de cette immersion dans la pratique, à partir duquel il me reste à travailler. plutôt que me lancer pas dans une description méticuleuse de la pratique d'un point de vue technique. J'ai décidé d'égrainer en quelques courtes chroniques, divers instants vécus et retours d’expériences...

Le dernier jour du stage, se sont déroulés les passages de grades du Shodan au Yondan (1er au 4eme Dan).

Je ne vais pas m’étendre sur la "bonne" ou la "mauvaise" manière d'appréhender le concept de passage de grade le Hors-série Aïkido de Dragon n°3 aborde cela de manière précise et selon une multitude de regards.

J'aime assez ce petit texte de Pascal Krieger sur "l'effet ceinture noire":

Peu après la Seconde Guerre mondiale, en Occident, une ceinture noire, rare à cette époque, était auréolée d'un exotisme mystérieux. L'obtention d'un premier dan, alors, revêtait peut-être un sens plus profond qu'aujourd'hui. L'attitude personnelle du pratiquant avait plus d'importance et une certaine solidarité soudait les détenteurs de dan entre eux créant ainsi une sorte de code d'éthique que beaucoup hésitaient à bafouer.

Il faut tout de même savoir que le système kyû/dan a été créé par Jigorô Kanô, fondateur du jûdô dans le but d'encourager le pratiquant en lui donnant périodiquement un repère de valeur.

Les kyû (classe) sont dégressifs de 10e, 6e dans certaines disciplines, à 1er kyû.

Les dan (degré) sont progressifs de 1er dan à 10e dan. C'est un système moderne utilisé principalement par les shinbudô bien que certains kobudô l'aient adopté parallèlement au système classique de menkyo.

Le système menkyo, utilisé par les kobujutsu et la plupart des kobudô est basé sur trois ou quatre niveaux, dont le niveau suprême est le menkyo kaiden. Plus que des grades, ce sont des licences d'enseignement.

Notons encore que la valeur d'un premier dan n'est pas appréciée dans tous les pays de la même manière. Dans le dictionnaire anglo-japonais Nelson, la traduction de Shodan ­ premier dan ­ donne "lowest grade", le grade le plus bas. Au Japon, par exemple, le 1er dan est considéré comme un débutant à part entière, sur la première marche de l'échelle des dan. Les kyû ne sont qu'une approche de cette échelle.

En Occident, l'obtention d'un 1er dan est encore malheureusement vue comme une finalité.

Marie, Iván, Miguel, Marie-Laure, Simon, lors du passage de grade

Marie, Iván, Miguel, Marie-Laure, Simon, lors du passage de grade

Passer un grade, présenter l’état de sa pratique devant son enseignant, revêt un intérêt. Mais être juste spectateur du passages des autres ne m'a jamais beaucoup passionné. Jusqu’à ce jour...

Posé confortablement sur le bord du tatami, ce vendredi, je m’installais pour plusieurs heures d'un spectacle à la place duquel j'aurai bien volontiers continué à m'entraîner. Mais comptant des amis parmi les prétendants aux grades, je me réjouissais tout de même de vivre avec eux cette étape dans leur cheminement.

Assis, aussi digne que ma souplesse et la fatigue de la semaine me l'autorisaient, afin de leur faire honneur, j’étais prêt... comme avant un film que l'on vient voir un peu à reculons.

Dès le départ ma curiosité fut piquée par l'engagement et la vie qui transparaissaient des prestations de chacun, au risque d'en oublier, je ne les citerai pas, mais tous donnaient tout ce qu'ils avaient, malgré la fatigue et parfois même les blessures.

Et puis vint le passage d'Iván García :

Les passages précédents m'avaient plu, bien que je ne m'estime pas capable d'avoir un œil critique pertinent sur le côté technique, mais le cœur était présent et pour une fois j'avais apprécié d'être spectateur de ces instants.

Mais au passage d'Iván pour son 3ème dan, un sentiment étrange me submergea...

L'examen de 1er & 2eme dan se partageait en "techniques imposées" et "parties plus libres", tandis que le passage de 3eme & 4eme dan s'est déroulé de manière libre, il s'agissait de démontrer son niveau à travers un panel de techniques à mains nues et aux armes de la manière qu'il voulait.

Au delà de la virtuosité technique quelque chose de plus me toucha.

Toute proportions gardées le sentiment qui m'envahit me fit repenser à un passage de l'interview que maître Kuroda avait donné à Léo à propos d'une démonstration d'Ellis Amdur.

A la fin du passage de grade d'Iván, j'aurais pu faire miens ces mots:

"Récemment il m'est arrivé une chose très étonnante. En regardant la démonstration j'ai eu les larmes aux yeux. Je me demandais ce qui m'arrivait. [...] Je continuais à y réfléchir une fois rentré à l'hôtel [...] Ce n'est pas un niveau technique qui m'a impressionné [...]. C'était magnifique."

Ce qui m'a le plus marqué dans son passage c'est qu'il a fait la démonstration de la forme mais surtout du fond du Kishinkaï qui sont les deux faces d'une même pièce.

L’Aïkido Kishinkaï (tel que je le comprends) est un élan avec un corpus technique précis et des principes particuliers tels que la modification de l'utilisation du corps, le travail sur l’intention etc, etc. Mais il y a aussi cette impératif d'ouverture, de recherches et remises en question constants, de quête d’autonomie dans l'apprentissage.

Plongeant au plus profond des racines du Budo tout en encourageant à porter son regard sur d'autres pratiques, d'autres horizons.

La diversité des pratiquants ainsi que les personnalités différentes des quatre enseignants lors du stage (Leo Tamaki, Isseï Tamaki, Tanguy Le Vourch, et Julien Coup) illustrent bien cette caractéristique d'individualités avançant dans la même direction.

Iván García

Iván García

Iván, à mes yeux a parfaitement incarné cet élan, même si l'on pouvait reconnaître les basiques de l’Aïkido et du Kishinkaï, il a réussi à dépasser la partition, jouant les notes mais selon son interprétation.

Son aïki sonnait juste, c’était beau et cela m'a ému. Sans donner l'impression de réciter une leçon, il exposa sa technique et inocula avec élégance sa personnalité, ses recherches, la trace des experts qu'il avait croisés. Maîtrisant du début à la fin son passage tant dans son déroulement que dans son rythme, le tout en harmonie avec son uke Miguel, pratiquant de grande qualité.

Iván & Miguel

Iván & Miguel

Un article qui peut passer (encore une fois ;-) ) pour un dégoulinant cirage de pompes, mais qui se veut juste l'occasion de célébrer un instant de grâce.

Merci Iván d'avoir incarné ce qui ne pourrait n’être que de jolis mots emballés dans un hakama.
Contempler un artiste martial à l’œuvre est une grande source d’inspiration pour notre propre chemin.

Rédigé par Remi Samouillé

Publié dans #BUDO, #KISHINTAÏKAI 2014

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Héloïse A. 08/10/2014 10:37

Merci beaucoup pour le partage.

Remi Samouillé 18/10/2014 10:42

Le plaisir est pour moi ;)

coco 30/06/2014 09:47

pour clore cet article je te conseille d'aller enrichir le wikipédisme : http://fr.wikipedia.org/wiki/Iv%C3%A1n_Garc%C3%ADa
chô

Le Grillon 23/06/2014 16:46

"Néophyte confirmé" je ne peux pas accéder à l'état de grâce exprimé par cette chronique. Pour autant, le style, les mots, portent avec force l'intensité du moment vécu. Ainsi, je pense approcher la "mystique" de ces instants...

Aïki-Kohaï 22/06/2014 21:56

Merci pour cet article retour number two. Dommage qu'on n'a pas eu des petites vidéos pour apprécier nous aussi (snif)

Remi 22/06/2014 22:15

Bonsoir Aiki-kohaï,
Les vidéos sont en lien dans l'article
Merci pour la lecture ;)
Remi