HINO senseï, contempler L'Image du Coeur & les cerisiers en fleurs

Publié le 8 Avril 2014

Voilà un peu plus de 6 mois, je repartais de la master-class donnée par Hino sensei, tout imprégné de l'univers qui l'habite et qu'il nous invite à visiter.

Même s'il elle me parut d’emblée d'une incroyable finesse, il me fallut du temps pour digérer sa pratique ce serait mentir si je prétendais que cette demi-douzaine de mois m'ont suffi pour y voir clair dans les principes abordés. L'exigence rendant l’étude d'autant plus exaltante.

Une pratique exigeante ... le chemin est encore long  (Photo Shizuka Tamaki)

Une pratique exigeante ... le chemin est encore long (Photo Shizuka Tamaki)

Puisque la première évocation de Hino sensei dans ce blog était reliée aux saisons, il est impossible pour moi de passer à côté du fait que sa venue ce week-end a Herblay coïncide avec la floraison des cerisiers.

Je vais donc retrouver ce dernier comme l'on va au Japon, au début du printemps, à la rencontre des cerisiers en fleurs, pour les contempler.

Hanami (花 見) littéralement, « regarder les fleurs » : Un rituel annuel et immuable qui voit les Japonais affluer dans les parcs et jardins pour contempler les fleurs de cerisiers, symbole de beauté et impermanence car les sakura ne fleurissent et n'atteignent cette beauté, considérée comme divine, qu'une fois par an, avant de dépérir emportée par le vent. La coutume du hanami remonte à l'ère Nara (710-794), lorsque les fleurs de "ume", abricotier de la famille des prunus, tout juste importé de Chine, sont devenues au Japon un objet d'admiration. Durant la période Heian, ce sont les fleurs de cerisiers, ou sakura qui furent mises à l'honneur. Le mot hanami est d'ailleurs utilisé pour la première fois afin de désigner la contemplation des cerisiers dans l'une des plus célèbres œuvres de la littérature japonaise : Le Genji monogatari () Le dit du Genji (XIe siècle).

Le stage de Hino senseï se rapprochant, je me suis replongé dans son livre "Kokoro no Katachi" (The Image of the Heart) ayant comme fil conducteur sa rencontre avec Hatsumi Massaki soke et la mémoire des grands maîtres du passé.

Un livre passionnant, exigeant comme son enseignement un temps de décantation pour en apprécier toute la richesse ...

Hino sensei et Hatsumi soke

Hino sensei et Hatsumi soke

Une partie en particulier est consacrée au parallèle qu'il fait entre les Bugei (anciennes pratiques martiales) et l'architecture traditionnelle japonaise plus précisément le"Kiku-jutsu" (techniques anciennes de charpentes en bois) leurs évolutions et transformations et souvent déformations au fil du temps le temps, ainsi que l'art commun de leurs pratiquants d'être en symbiose avec ce qui les entourait.
Mais cet article n'est pas le lieu pour développer ce sujet, j'y reviendrai plus tard.

Même si l'ouvrage n'est, hélas, à ce jour pas encore traduit en français je ne peux que vous encourager à vous le procurer, il est d'ailleurs écrit dans un anglais relativement facile et des plus agréables.

Dès le prologue, on comprend que ce que l'on a entre les mains n'est en aucun cas un simple livre de techniques ou de théories martiales, l'ambition est bien plus vaste, son livre, part du cœur et parle du cœur, dans sa plus haute définition, "Kokoro", qui englobe aussi bien le corps, que l'esprit. Le japonais a cela de splendide, qu'un mot et, dans ce cas un idéogramme, manifeste un principe presque impossible à traduire de manière satisfaisante sans en manquer un versant et particulièrement lorsqu'il s'agit d’aborder les principes attachés au monde des arts martiaux ...

Traduire le Budo n'est pas de tout repos n'est-ce-pas Taro ?

Kokoro "le cœur" style tensho par Tanaka Shingai, 1995, (117x68cm)

Kokoro "le cœur" style tensho par Tanaka Shingai, 1995, (117x68cm)

Pour vous donner envie de plonger dans "Kokoro no Katachi", sans en faner le contenu, je vous propose la traduction de quelques passages du Prologue et de l’Épilogue.

Il me semble intéressant de mettre en lumière ces deux parties, car comme dans un combat, l'introduction, la prise de garde (kamae) ainsi que la manière de conclure l'affrontement, révèlent bien souvent la joute dans son ensemble.

Chez les experts du calibre de Hino sensei, la frontière entre les deux est souvent extrêmement mince dans le temps et l'espace ; parfois même, les choses sont finies, sans heurt, avant même que l'on ait pu agir.


Tout son travail sur la perception de l'intention (Kehaï) est de ce point de vue absolument passionnant
Quelques articles a ce propos :
- Entretien avec Hino senseï (5): kehaï, percevoir l'intention
- Septembre 08, Hino senseï à Herblay
- Feinte ou pas feinte ?

Etre terrasé en douceur... (Photo Shizuka Tamaki)
Etre terrasé en douceur... (Photo Shizuka Tamaki)
Etre terrasé en douceur... (Photo Shizuka Tamaki)

Etre terrasé en douceur... (Photo Shizuka Tamaki)

Fragments du Prologue:

- La sensitivité(1) est l’élément le plus important faisant d'un individu, un être humain d'un point de vue biologique, émotionnel et spirituel.
...
- La sensitivité est l'une des fonctions fondamentales pour un organisme vivant, l’habilité à déceler l’incongruité dans le flot de la Vie.
...
- Lorsqu'une personne, en tant que créature vivante, est éveillée à la sensitivité, cette personne commence à passer à l'action. Ce n'est jamais l'intellect qui pousse les gens à agir.
...
- Quand un esprit humain frémit du fait de sa sensitivité, quand le cœur est ému par une chose à laquelle il est confronté, cela ouvre la porte aux futurs artistes et athlètes (2) .
...
- Dans ce livre, nous irons à la rencontre de nos failles, à la découverte d'impossibles défis, et nous les transcenderons... tout cela par le biais de l’expérience du mondialement célèbre maître Hatsumi Masaaki, suivant ainsi exactement le processus du développement humain.

Fragments de l’épilogue:

- Que signifie être un pratiquant du Budo aujourd’hui ?
Il y a eu de nombreux génies dans le monde de la musique classique, tels que Bach et Mozart. Leurs œuvres sont préservées sur les feuillets des partitions. Pratiquer la musique classique signifie incarner la partition et exprimer la musique qui y est écrite. [...] Personne ne sais quelle est la véritable et meilleure manière d'exprimer la musique. C'est donc inévitablement un chemin sans but.
Il en est de même pour la pratique du Budo. Les légendaires maîtres d’arts-martiaux ont couché sur le papier les secrets de leur art pour les générations futures. Leurs écrits sont les partitions du Budo.
Pratiquer le Budo c'est étudier soigneusement les mots des maîtres de tout son cœur, de tout son corps et de toute son âme.
Comme en musique l'artiste martial doit "jouer" ou du moins être capable de réaliser ce qui est écrit sur le papier.
...
- J'ai rencontré beaucoup d'enseignant du Budo [...] leur mots clarifièrent ma vison de ce qu'est le vrai Budo. Parmi eux, le moment le plus déterminant dans ce processus de clarification advint lorsque Hatsumi Soke déclara " La forme n'a pas d’importance" .
Comme manifestation de ses mots, je fus spectateur de ses démonstrations basées sur l'improvisation. J'en vins alors à la conclusion qu'il est "l'image" qui soutient la forme.
Mon cheminent dans la compréhension des mots de Hatsumi Soke me poussa ainsi à écrire "Kokoro no Katachi" - The Image of the Heart "
...
- Le Budo est indéniablement l'art d’être "humain".


(Notes du Blogger):
(1) J'ai choisi ici de garder le terme de "sensitivité", bien que fort laid, pour traduire "sensitivity", par commodité, ne trouvant pas LE MOT, helas il ne correspond pas à l'ampleur de ce que la notion de KANJIRU qui est le mot japonais pour signifier le travail de Hino sensei sur les sensations ; dans un sens d’écoute, de réceptivité une capacité d'être ouvert et cultiver une disponibilité à l'Autre & au Monde)
(2) J'affectionne dans ce cas le terme d'artistes-martiaux !

- Je prie le lecteur des ces lignes de ne pas être trop sévère envers cette traduction qui mériterait beaucoup plus de travail (quel passionnant travail ce serait de traduire cet ouvrage d'ailleurs...) Plutôt que de faire du mot à mot, j'ai, dans certains cas, pris la liberté d'une certaine adaptation nécessaire à la langue française, pour une meilleur compréhension. Comme l’érudit Umberto Ecco le déclare dans le titre de l'un de ses ouvrages de sémiologie, traduire c'est "Dire presque la même chose" -

Voila ce qui, je l’espère, vous a donné envie de vous jeter sur ce livre et d'aller a la rencontre si ce n'est deja fait de ce poète-budoka, relevant le pari de faire, à la fois, l'éloge de la beauté tout en causant de techniques guerrières, nous enjoignant à affûter nos sensations, afin de nous ouvrir à " l'Image du Cœur "

Coeur à coeur...  (Photo Shizuka Tamaki)

Coeur à coeur... (Photo Shizuka Tamaki)

Vivement ce week-end à Herblay pour :

  • poursuivre le processus de compréhension,
  • tenter d'incarner la partition de Hino sensei
  • et contempler la manifestation de ses mots.


... et peut-être même, quelques de cerisiers en fleurs?

花 は 桜木 人は武士

Hana wa sakuragi hito wa bushi.

La fleur du cerisier est la fleur parmi les fleurs
Le Bushi est l'homme parmi les hommes

HINO senseï, contempler L'Image du Coeur & les cerisiers en fleurs

Liens sur l'ouvrage :

Aperçu: http://www.amazon.fr/Kokoro-Katachi-Image-Heart/dp/1484813332

Creatspace eStore: https://www.createspace.com/4236204
Amazon.com: http://amzn.com/1484813332
Kindle:http://amzn.com/B00D7I6OMU

Rédigé par Remi Samouillé

Publié dans #COIN LECTURE, #BUDO, #HINO AKIRA

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L
Cet article permet de battre en brèche les idées reçues sur les arts martiaux, où d'aucuns n'y voient qu'un "corps à corps" brutal. Il donne envie de lire l'ouvrage de Hino sensei!
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L
J'aime vraiment, je en m'en lasse pas. Comme d''habitude je grandis à cette lecture, bien que toute sa finesse m'échappe encore...
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